
Le bruit du moteur se discernait faiblement dans la limousine. Il parvenait comme ouaté à l’intérieur raffiné de la voiture de luxe. Le bruissement de journaux qu’on pliait coupa net le feutre du ronronnement, et des mèches orange apparurent derrière les pages d’un quotidien.
Sur la manchette de ce dernier, on pouvait lire, en lettres capitales : « Ichigo Kurosaki effondré depuis la mort accidentelle de son amant mystérieux ! ». S’ensuivait un article de plusieurs colonnes sur cet amant mystère, découvert suite à cet affreux accident. Des photos de la star portant de sombres lunettes et où le chagrin semblait le terrasser s’affichaient à l’intérieur de l’éditorial, pourtant réputé sérieux.
Une voix retentit à l’arrière du véhicule.
— Monsieur, nous sommes presque arrivés. J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de monde pour vous accueillir !
— Merci, Ikkaku-san.
Ichigo soupira et observa la rue derrière les vitres teintées. Quand tout ce cirque allait-il cesser ? Tout ce qu’il voulait, c’était pouvoir vivre en paix. Il était trop préoccupé ces derniers temps… trop…
Le jeune homme soupira une nouvelle fois en voyant la presse et ses nombreux fans se presser devant la porte de son hôtel.
Il attrapa ses grandes lunettes de soleil, qui cacheraient une bonne partie de son visage. Il était hors de question qu’on puisse voir la fièvre qui l’agitait. Trop de monde l’observait.
°° 0° 0°°
Sous les flashs qui crépitaient autour de lui, Ichigo n’en pouvait plus. Depuis que le bruit avait filtré qu’il aimait un homme, sa vie était devenue un enfer. Déjà harcelé par les paparazzi du fait de son statut de star internationale, et maintenant qu’il avait été surpris par hasard dans les bras d’un homme, il était traqué comme une bête sauvage.
Une fois entré dans l’hôtel, le roux respira et ferma les yeux un court instant. Le palace ne laisserait entrer personne, et le personnel avait veillé à ce qu’il soit tranquille durant son séjour — un séjour de vacances, soi-disant.
Il se reprit et se dirigea vers l’accueil, où l’employé du nom d’Ukitake lui donna ses clés.
Il ne fallut pas très longtemps à l’acteur pour arriver devant la porte de sa chambre. La plus belle suite du palace : ils n’y avaient pas été de main morte… mais il y avait une raison à cela.
À peine franchit-il le seuil que le jeune homme se sentit happer par deux bras qui le plaquèrent contre une large poitrine.
— Tu m’as manqué…
Le souffle chaud qui effleurait le cou d’Ichigo le fit frissonner.
— T’as été long…
Une bouche l’empêcha de répondre. Les mains qui caressaient son corps avec sensualité le troublaient, l’enivraient. Ichigo entoura de ses bras les épaules de son amant. Les vêtements du roux glissèrent doucement sur le sol, alors qu’une bouche gourmande le dévorait, lui arrachant au passage des gémissements de plaisir.
— Tu aimes que je m’occupe de toi… hein… Ichi ?
— Haï…
Une langue taquine glissa sur un téton, pour s’occuper quelques secondes plus tard de l’autre. Les doigts d’Ichigo s’enfouirent dans la masse soyeuse des cheveux de neige. Il ferma les yeux alors que cette langue humide dessinait sur son corps des arabesques qui le rendaient fou.
— Tu es tendu…
— J’en ai assez, souffla Ichigo, essoufflé. Je suis traqué partout où je vais. Toujours les mêmes questions qui m’… attendent…
Le roux gémit.
— T’inquiète… Tu n’auras plus longtemps à attendre… Toi et moi, plus jamais nous ne serons séparés et importunés…
Mais Ichigo empoignait la moquette haute, alors que la bouche entreprenante le léchait aux parties les plus intimes de son anatomie.
— Shiro… promets-moi que c’est bientôt fini…
Ichigo le foudroya du regard et répliqua presque agressivement :
— Non… et fais pas semblant de ne pas comprendre !
Shiro eut un rire bas et remonta pour embrasser l’acteur dont le regard enfiévré allumait en lui une grande envie de possession. Ses mains s’activaient et caressaient le corps qu’il serrait contre lui. Sa peau bronzée l’hypnotisait. Shiro déposa des baisers légers dans la nuque d’Ichigo pour redescendre inexorablement.
— T’es mignon quand tu abandonnes ton air coincé, ironisa Shiro.
— Je ne suis pas coincé ! protesta Ichigo vigoureusement.
— Ah ouais ? C’est vrai qu’c’est moi qui t’éduque, souffla Shiro entre deux baisers.
— Arrête de raconter n’importe quoi…
Shiro se redressa et observa l’homme allongé, abandonné. Son sourire lubrique s’agrandit. Mais Ichigo voyait dans son regard une tendresse dont seul lui était l’objet. Toutes les personnes qui rencontraient Shiro avaient peur de lui et de ses frasques. Mais pas Ichigo. Même s’il appréhendait le plan de l’albinos, il savait que c’était pour son bien… pour leur bien à tous les deux.
Ichigo se redressa sur ses coudes, ce qui surprit son amant, qui releva la tête pour le regarder. Le roux encercla son visage entre ses mains et se pencha pour l’embrasser avec tout l’amour qu’il ressentait pour lui. Shiro perdit la raison… il voulait qu’Ichigo lui appartienne encore…
Demain, tu me quittes… mais ne t’inquiète pas… je te rejoindrai rapidement.
Pour toute réponse, Ichigo enlaça les épaules de son amant et s’accrocha à Shiro, alors que ce dernier s’enfonçait en lui.
°° 0° 0°°
Ichigo quitta précipitamment l’hôtel. Une nouvelle fois, une horde de fans le poursuivait. Sans attendre, il s’engouffra dans la voiture dont Ikkaku tenait la portière. Une fois que le chauffeur monta à bord du véhicule, le roux souffla et ordonna :
— Emmenez-moi à l’aéroport de Narita, Ikkaku-san…
Le chauffeur haussa un sourcil. La voix de l’acteur lui semblait légèrement différente, mais avec tout le stress que cet homme emmagasinait, il l’imaginait mal détendu. C’était toujours l’hystérie dès qu’il apparaissait quelque part.
Le roux sortit ses papiers et ses plans de vol. La météo était propice et le jeune homme étudia les différents courants de vent prévus non loin du mont Fuji. Un sourire éclaira ses traits et l’excitation commençait à le gagner. Pourtant, son visage ne laissait pratiquement rien transparaître.
Ichigo avait toujours aimé voler : cette sensation de liberté qui vous submerge… c’était grisant ; le quotidien devenait lointain. Il était seul face à lui-même, et c’était la seule chose qui importait.
Lorsque le chauffeur lui ouvrit la portière, le jeune homme sortit sans précipitation. Il était heureux. Personne pour l’importuner.
Il se rendit au bureau de vol et discuta quelques instants avec le personnel, ravi de le rencontrer. Bientôt, il quitta le bâtiment avec son plan de vol et ses cartes. Ichigo avala un chewing-gum et se mit à le mâcher pensivement.
Le jeune homme fit son tour d’avion rapidement et s’installa dans le cockpit du Piper Comanche. Il échangea avec la tour de contrôle pour faire les essais radio et obtenir l’autorisation de décoller. Après avoir reçu son numéro de piste, Ichigo engagea son petit avion vers celle-ci et mit les gaz pour augmenter la vitesse de l’hélice.
Quelques minutes plus tard, gagnant de l’altitude, il admira le paysage. Après avoir vérifié les instruments de vol, il dirigea l’appareil vers le mont Fuji : une occasion de voir de plus près les neiges de cette montagne fascinante. Ichigo suivit son plan de vol à la lettre et son sourire s’accentua lorsqu’il vit le mont s’approcher majestueusement.
Tout à coup, le moteur toussota. Ichigo fronça les sourcils et commença à manipuler rapidement ses instruments. Il appela la tour de contrôle pour les avertir de l’avarie.
— Précisez…
— Mon moteur… Merde ! s’écria Ichigo. L’hélice s’est arrêtée !
— Calmez-vous, nous vous avons toujours sur nos écrans de contrôle. Avez-vous essayé la procédure d’urgence…
— Tu m’prends pour qui ? grogna Ichigo.
Yumichika, qui était son interlocuteur dans la tour, n’était pas tout à fait sûr d’avoir bien compris la dernière phrase.
— Tour de contrôle à F-HB0B… m’entendez-vous ? Over !
Tout ce que le contrôleur entendit, ce fut le toussotement chaotique du moteur et les jurons du pilote.
— Tour de contrôle à F-HB0B… répondez, over ! répéta, anxieux, le contrôleur.
— Merde de merde, j’ai plus les commandes ! Tout part en couille !
— Quels sont vos dommag…
— Connard ! J’ai plus rien qui répond et je vais m’faire niquer la gueule ! Et toi, t’m’demandes mes dommages ?
Yumichika essaya de garder son calme, mais commençait sérieusement à vouloir foutre des baffes à son interlocuteur. Quoique… s’il s’écrasait…
Bientôt, le contrôleur fut rejoint par son chef, qui essaya de communiquer avec le jeune homme. Mais la seule réponse qu’ils eurent fut des jurons, et le bruit caractéristique de l’avion qui tombe en piqué.
Un énorme bruit fracassant se fit entendre. Dans la tour de contrôle, un silence de mort régna.
La voix éraillée de Kenpachi se fit entendre :
— Appelle les pompiers de Gotemba, ils sont les plus proches !
— Haï !
— Vous croyez qu’il peut être vivant ? demanda Hanatarô d’une petite voix…
Kenpachi jeta un coup d’œil au contrôleur, qui se tassa sur sa chaise lorsqu’il sentit peser sur lui le regard noir de son chef.
— Façon puzzle, si on a de la chance !
L’activité reprit dans la tour et chacun avait les pensées rivées sur le petit Piper Comanche qui s’était écrasé.
°° 0° 0°°
Assis sur une terrasse, un homme lisait le journal. Sur la manchette de ce dernier, on pouvait lire : « Ichigo Kurosaki, la fin tragique d’une étoile au sommet de sa gloire ! ». Un article, force de détails, racontait le dramatique accident d’avion. Le corps n’avait apparemment pas été retrouvé… mais la calcination de l’appareil ne permettait pas de faire des recherches approfondies. L’enquête allait s’arrêter, et les conclusions ne tarderaient pas à être rendues sur ce tragique accident.
Pourtant, l’homme qui feuilletait le quotidien fixait plutôt son attention sur les dernières fluctuations boursières.
Le ressac se faisait entendre en bruit de fond et apaisait le lecteur, rafraîchi par l’ombre bienveillante des palmiers qui encerclaient la terrasse. Aucun bruit ne se faisait entendre, sauf quand l’homme attrapait sa tasse de thé pour la reposer délicatement sur la soucoupe.
Mais cette relative sérénité fut bientôt interrompue par des cris et des claquements de portes.
L’homme n’eut pas le temps de replier son journal que Shiro apparut, exaspéré, devant lui.
— Ichi ! Dis à ton cerbère qui te sert de domestique que tu m’attendais !
Le roux fronça les sourcils.
— Renji… veuillez nous laisser.
— Bien, Monsieur.
Shiro lui tira la langue et fit quelques gestes obscènes.
— Arrête !
— C’est comme ça que tu m’remercies ? Merde ! Tu t’rends compte par quoi j’…
Shiro n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’Ichigo lui caressait le visage et l’observait, anxieux.
— Tu n’as rien ?
— Tu m’prends pour qui ?
— Je me suis inquiété… ça fait presque un mois que je t’attends !
— Imbécile ! C’est bien beau de s’ressembler… mais fallait aussi pas qu’tu files à l’anglaise !
Mais Ichigo s’empara des lèvres de Shiro, qui parut surpris, puis se reprit rapidement, enlaça le roux et le serra contre lui. Ichigo gémit lorsque la langue de Shiro caressa doucement sa nuque sensible. La respiration saccadée de l’albinos éveillait son désir. Ichigo empoigna ses cheveux courts et rechercha à nouveau les lèvres de son amant.
Lorsqu’ils se séparèrent, Shiro eut un petit sourire pervers et murmura :
— Maintenant, t’auras la paix… et moi aussi ! Plus personne ne viendra nous faire chier !
Ichigo eut un petit sourire en coin, avant d’entrelacer ses doigts à ceux de Shiro. Il recula et l’entraîna à l’intérieur plus frais de la villa. Shiro haussa un sourcil et observa attentivement le roux.
— Viens, j’ai envie de toi… mon frère !
La voix d’Ichigo était chargée de désir. Les jumeaux s’observèrent un court instant, puis Shiro attrapa son aîné et le jeta sur le lit.
— Ouais… maintenant… on pourra plus rien nous dire ! On est libres comme l’air… ma p’tite fraise… t’es à moi tout seul, à présent ! Finis, les connards qui te poursuivaient…
Ichigo se contenta de faire basculer Shiro et l’enjamba, s’installant confortablement sur son ventre. Il suspendit son visage au-dessus du sien. Shiro souffla :
— Mon Roi… j’ferais n’importe quoi pour toi ! J’t’ai suicidé… à cause du désespoir qui t’a étreint quand j’suis mort ! Maint’nant y a plus qu’nous deux !
Ichigo sourit, de son sourire prédateur, et souffla :
— Maintenant, y a plus que toi et moi, p’tit frère. Mon seul amour…
Pour toute réponse, Shiro enlaça les épaules de son aîné et l’embrassa à en perdre haleine.
À l’extérieur, sous l’effet de la brise marine, les pages du journal bruissaient doucement, révélant des photos du dramatique accident qui signait la fin de la carrière de l’ultramédiatique Ichigo Kurosaki.
Laisser un commentaire